Eglise Quillan
La rue de l’Eglise

La rue de l’Eglise

 

 

La rue de l’Église.

Par Vincent Albas

 

 

Natif de la rue de la Rhode où j’ai longtemps habité, j’ai franchi le Pont Vieux quatre fois par jour durant de longues années, traversé la place de la République, apprécié l’ombre de ses platanes en été et l’abri du bâtiment des halles les mois d’hiver.

Et me voilà rue de l’Église, elle n’était pas encore piétonne et il fallait se garer sur des trottoirs fort étroits.

En montant vers l’église et sur la gauche, à l’angle de la place, je trouvais la quincaillerie Merle qui distribuait toutes sortes de produits métallurgiques et autres ustensiles.

Un peu plus haut, c’était l’épicerie-primeur Maury tenue par la famille de Lucien Maury, résistant, officier de la Légion d’Honneur et de son frère Georges Maury, tous deux honorablement connus dans la Haute-Vallée.

Quelques pas plus loin Rosa Bertrand, une figure emblématique de la rue, nous proposait, avec son inimitable verve, des friandises en tous genres au milieu des bouchons de liège et de divers objets hétéroclites.

À l’angle de la rue du Sault, en face Rosa Bertrand, c’était la charcuterie Pibouleu. Certes, le commerce n’existe plus mais la famille vit toujours dans cet immeuble.

Au-dessus, faisant angle avec la rue Félix Armand, la boulangerie Delmas offrait le pain du jour et les viennoiseries dont la bonne odeur embaumait la rue.

Marie Cauneille tenait aussi son épicerie face à la boulangerie rue Félix Armand. Beaucoup d’anciens Quillanais se souviennent encore avoir habité au-dessus de chez la Marie.

Et me voici au bout de la rue devant la maison Rivière dont une façade amorçait la rue du Berger.

À mes pieds, une mosaïque (malheureusement disparue à la suite de travaux dans les années 60), préfaçait l’entrée du porche de l’église. Il n’y avait pas encore de pigeons en ce temps-là mais les allées et venues des hirondelles vers leurs nids sous la voûte du porche.

Il m’arrivait de rencontrer le Chanoine Émile Mounet venu dire sa messe matinale et aussi, sortant du presbytère, Mademoiselle Marie, la dévouée servante de ce saint homme.

De bonne heure Émile Bouchou, le carillonneur, avait déjà tiré les paresseux du lit avec son angélus du matin et maintenant les cloches appelaient les fidèles à la messe de sept heures, bien fréquentée alors.

Dans l’église, les familles louaient leur place à l’année et Marie Sauzède leur louait des chaises au mois ou pour une cérémonie.

Au retour je reviens sur mes pas vers la place de la République.

Je passe devant la maison des Lestendie démolie pour agrandir le parvis.

Vient ensuite la boulangerie Siret-Taillefer qui déménagera plus tard rue Victor Hugo.

Attenante à la boulangerie, une belle devanture où il m’était impossible de ne pas m’arrêter, la pâtisserie Llaurens exhalait des parfums irrésistibles de vanille et de chocolat.

A l’angle de la rue du Sault, la Veuve Péchou n’avait pas sa pareille pour fabriquer des biscotins avec ou sans amandes. Devant sa porte et suivant la saison, elle vendait dans des corbeilles en osier les légumes de son jardin que nous qualifierions aujourd’hui de « Bio ».

Aussitôt après, un magasin de tissus était tenu par deux femmes de la même famille : les Françonnettes. Il était fréquenté par la gent féminine de Quillan car on y trouvait, outre divers tissus, une grande diversité de passementeries et autres accessoires de mode. Peut-être n’avons-nous pas encore perdu toutes nos couturières, mais ces magasins ont bel et bien disparu.

Le garage de la boucherie Aragou est occupé aujourd’hui par le journal « la Dépêche ».
La boucherie Aragou, elle, faisait angle avec la rue de la Mairie. Cette famille vit encore dans l’immeuble.

La vitrine de la pharmacie Rey-Dussert, devenue plus tard Gaston Prévost, s’ouvrait sur la place de la République.

Divers services administratifs occupaient l’autre partie de l’immeuble Sauzède dont le Tribunal de Simple Police (Justice de Paix) et surtout la Poste. C’était le temps où les préposées au téléphone enfonçaient à longueur de journée des fiches dans de gros distributeurs et ne manquaient pas de saisir au passage quelques bribes savoureuses des communications intimes.

Souvenirs, souvenirs d’un coin de ma petite ville qui a connu jadis une si grande activité.

 

Vincent Albas

 

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